Des lacunes en matière de traçabilité et de divulgation masquent les risques liés aux chaînes d’approvisionnement de 52 % du cacao ivoirien
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EnglishLes efforts consentis pour lutter contre la déforestation et les problèmes liés aux droits du travail dans les chaînes d’approvisionnement du cacao sont entravés par des déficits de transparence importants et persistants. Il est nécessaire d’accélérer les investissements dans la traçabilité et d’accroître les divulgations par les négociants.
Oxford, Royaume-Uni (le 12 mai 2026) - Une nouvelle analyse de Trase révèle un important défaut de transparence dans les exportations de cacao de Côte d’Ivoire. Seulement 48 % du volume exporté en 2024 peut être rattaché à des départements de production spécifiques grâce aux informations publiées par les entreprises commerciales. Plus de la moitié (52 %) du commerce reste ainsi invisible au public, en raison d’un approvisionnement indirect via des intermédiaires ou de divulgations insuffisantes de la part des entreprises commerciales quant aux fournisseurs auprès desquels elles s’approvisionnent.
Un nombre restreint de négociants dominent le marché, les six plus importants représentant 67 % de la totalité des exportations de cacao en 2024. La part d’approvisionnement direct auprès des coopératives divulguées varie considérablement d’une entreprise à l’autre. Par exemple, nous estimons que 86 % de l’approvisionnement en cacao de Barry Callebaut provient directement de coopératives, tandis que l’approvisionnement direct de Sucden représente environ 19 %.
« Les chaînes d’approvisionnement du cacao en Côte d’Ivoire ont engendré une perte de la forêt à un rythme stupéfiant, tandis que les faibles prix au point de production ne permettent pas à la plupart des agriculteurs de tirer un revenu de subsistance. Ces données soulignent le rôle prépondérant d’un petit nombre de négociants, dont la visibilité et l’influence au sein de la chaîne
d’approvisionnement leur confèrent une position unique pour conduire le changement », explique Mark Titley, chercheur chez Trase. « En accélérant les progrès en matière de traçabilité, en divulguant l’origine de leurs approvisionnements et en établissant des relations stables et durables
avec les producteurs, ces entreprises peuvent jouer un rôle clé dans la production d’un cacao plus responsable, équitable et ne favorisant pas la déforestation. »
La Côte d’Ivoire a perdu ou vu se dégrader 79 % de ses forêts intactes entre 2000 et 2024. Si le rythme de la déforestation a ralenti au cours de la dernière décennie, c’est en partie parce que le pays avait déjà perdu la majeure partie de ses forêts situées en dehors des aires protégées. Bien que les émissions liées à la déforestation directe pour la culture du cacao aient diminué (passant de 17,7 mtCO2-e en 2014 à 2,7 mtCO2-e en 2017), l’expansion des cultures de cacao continue de générer des émissions supplémentaires du fait de la dégradation des forêts.
Sur les 17 entreprises qui ont exporté à elles seules 90 % du cacao de Côte d’Ivoire en 2024, 10 (représentant ensemble 76 % du volume négocié) avaient publié des engagements « zéro déforestation » (EZD) couvrant leurs activités mondiales.
Le classement Forest 500 [1] varie selon les principaux exportateurs de cacao. Si les scores de Cargill et Sucden pour 2025 se situent dans la moyenne par rapport aux autres exportateurs, ces deux entreprises manquent encore de transparence dans des domaines clés : le reporting pour Cargill et la mise en œuvre des engagements pour Sucden.
Bien que le Règlement contre la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE) ait accéléré les progrès en matière de traçabilité, d’importantes lacunes subsistent. L’absence de publication de données par les entreprises sur leurs sources indirectes continue de limiter la visibilité des chaînes d’approvisionnement du cacao. Par ailleurs, les difficultés à cartographier la déforestation récente compliquent la réalisation d’une évaluation exhaustive des risques et l’assurance d’une redevabilité. Il sera essentiel pour les gouvernements, les chercheurs et la société civile œuvrant au
renforcement du contrôle et à la promotion d’une production plus durable de remédier à ces lacunes en matière de données.
Pour de plus amples informations, veuillez contacter :
Gisele Neuls, responsable communication de Trase à Global Canopy |
g.souzaneuls@globalcanopy.org | +44(0)7925 128 159
Note à l’attention du rédacteur
[1] Forest 500 est un projet de Global Canopy qui recense les 500 entreprises les plus exposées au risque de déforestation et évalue chaque année la solidité et la mise en œuvre de leurs engagements en matière de déforestation, de conversion des écosystèmes naturels et de droits humains associés.
À propos de Trase
Trase est une initiative de transparence fondée sur les données, menée par Global Canopy et le Stockholm Environment Institute (SEI). Nous cartographions le commerce international des produits agricoles et fournissons des données, des analyses et des outils en libre accès qui aident les entreprises, les institutions financières et les gouvernements à renforcer leur redevabilité quant à leurs objectifs de durabilité. www.trase.earth



